Jason Admin

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 | Sujet: Marcel Barbeault " Tueur de l'ombre " PT2 Mer 16 Jan - 20:30 | |
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Quelques mois plus tard, dans la nuit du 28 au 29 mai 1973, Eugène Stephan, 25 ans, et Mauricette Van Hyfte, une ouvrière de 23 ans, passaient la soirée en amoureux dans la voiture du jeune homme. En contrebas du cimetière de Laigneville, juste à la lisière de la forêt, la vue sur la vallée de l’Oise était superbe. Mais le lendemain, à l’aube, des ouvriers qui se rendaient à leur travail furent intrigués par cette voiture dont une portière était grande ouverte. Sur le siège avant, Eugène Stephan gisait dans une mare de sang. Quelques mètres plus loin, les deux hommes trouvèrent le corps de Mauricette Van Hyfte. Les deux amoureux avaient été assommés et tués de plusieurs balles de carabine 22 long rifle. La police, désormais familiarisée avec le rituel du tueur de Nogent, fut persuadée qu’il s’agissait d’une nouvelle agression du "tueur de l’ombre", bien que cette fois il se soit attaqué à un couple et non à une femme seule. L’hiver suivant, un nouveau meurtre fit rebondir l’affaire. Le 8 janvier 1974, Josette Routier, une employée de banque de 29 ans, fut assassinée à son domicile de Nogent-sur-Oise. Le meurtrier s’était introduit chez elle en escaladant les balcons de la résidence. Caché dans les doubles rideaux, il avait attendu la jeune femme, brune comme les autres victimes. Il l’avait assommée d’un coup de matraque derrière la tête, lui avait tiré deux balles de calibre 5.5 dans la tempe et lui avait arraché ses sous-vêtements. Le corps de Josette Routier ne fut découvert que trois jours plus tard par des voisins inquiets de sa disparition. En septembre 1974, l’inspecteur divisionnaire Daniel Neveu fut muté à Creil. L’affaire lui fut confiée. Ce jeune policier de 34 ans au parcours sans faute se passionna pour cet énigme. Avec un acharnement méthodique, il allait construire un raisonnement pour résoudre l’enquête. Depuis le début de l’enquête, 250 gendarmes et 50 inspecteurs étaient mobilisés en permanence dans la région. Auditions par centaines, fouilles systématiques, recherches minutieuses, rien n’était laissé au hasard. Mais chaque meurtre obligeait les enquêteurs à tout reprendre. Les indices étaient bien faibles : un cheveu brun dont on ne pouvait dire s’il appartenait au tueur, une empreinte de botte de pointure 42, quelques douilles de balles de carabines, une cordelette à sept brins, et le témoignage de Micheline Mérienne, qui avait entrevu le tueur. De leur côté, les experts psychiatres tentaient de cerner la personnalité du tueur, imaginant volontiers une espèce de monstre solitaire, incapable d’avoir une sexualité normale... Les études balistiques, quant à elles, apportèrent la preuve que le tueur avait utilisé plusieurs armes. Daniel Neveu, en lisant l’énorme dossier constitué depuis 5 ans, apprit que les crimes sans mobile apparent avaient été accomplis selon un rituel morbide : de nuit, dans le froid, un coup de matraque, puis un coup de feu. Le dernier meurtre en date, celui de Josette Routier, présentait une particularité : l’utilisation d’un couteau dans un but sexuel. C’était la première fois que le tueur montrait un intérêt clairement sexuel pour sa victime. En 1975, à l’arrivée du commissaire Jacob à l’antenne de police judiciaire de Creil, les policiers travaillèrent sur une plus grande échelle. Une centaine d’enquêteurs fouillèrent la région dans ses moindres replis. Six procès verbaux furent établis, 92 perquisitions furent ordonnées, mille personnes interrogées. Sans résultat probant, malheureusement. Le 26 novembre 1975, un habitant de Nogent-sur-Oise originaire du Portugal, se présenta au commissariat. Depuis la veille, il était sans nouvelle de sa nièce, Julia Gonçalves, qu’il hébergeait depuis quatre ans. Tous les matins, pour prendre le train de 6h09, cette jeune femme de 29 ans, employée dans une blanchisserie, rejoignait la gare en passant par un grand jardin public situé en plein coeur de la ville. Le lendemain, un employé municipal, en ratissant les feuilles sur la berge du ruisseau qui serpente au travers du jardin public, accrocha avec son râteau le corps de la jeune femme brune. Julia Gonçalves était dévêtue des genoux à la poitrine. Pour le médecin légiste, le décès remontait à deux jours. Selon toute vraisemblance, l’assassin avait attendu, tapi dans l’obscurité. Lorsque la jeune femme était passée devant lui, il l’avait assommée d’un violent coup à la tête, avant de l’achever d’une balle de carabine dans la nuque. Quelques heures après cette découverte, les policiers trouvèrent le sac et la jupe de la victime, cachés sous un tas de feuilles mortes. Le commissaire Christian Jacob reçut un témoin oculaire après ce meurtre. Dans la lueur de ses phares, la personne avait vu, vers 5h45, dans le parc, un homme immobile caché dans les feuillages. Il était vêtu de sombre, plutôt beau garçon, et il avait des cheveux noirs. Mais c’était surtout son regard qui avait frappé le témoin, tout comme il avait marqué Micheline Mérienne, 6 ans plus tôt.
Au fil de son enquête, l’inspecteur Neveu élabora une thèse sur cette série de meurtres. Depuis sept ans, des dizaines de cambriolages avaient été commis dans la région. Ainsi, dans la nuit du 10 août 1973, un pavillon avait été visité par un voleur qui avait emporté un transistor, une montre, un bocal de cerises et une carabine. L’inspecteur Neveu releva plusieurs détails troublants : comme pour le meurtre de Josette Routier, une couverture avait été tendue devant la fenêtre pour masquer la lumière. Avant de quitter les lieux, le cambrioleur avait étalé, bien en évidence, des photos de famille, et ceci à plusieurs reprises. L’auteur de ces cambriolages était un voleur, mais aussi un voyeur. Or, l’assassin des femmes de Nogent-sur-Oise était lui aussi un voyeur. Neveu était catégorique : le voleur et le tueur n’était qu’un seul et même homme.
Au matin du 6 janvier 1976, Françoise Jakubowska, une petite jeune femme brune de 21 ans, secrétaire administrative à EDF, quitta le domicile où elle vivait avec ses parents, pour partir à son travail. Il faisait encore nuit et la pluie commença à tomber sur la route qui menait à la gare de Villers-Saint-Paul, près de Creil. C’était une petite halte SNCF sur la ligne Paris-Bruxelles, construite en pleine nature. Un homme se jeta soudain sur elle et lui assena un coup de matraque derrière la tête. Il lui porta ensuite plusieurs coups de poignard d’une rare violence dans la poitrine. Il braqua le canon d’une carabine 22 long rifle sur la tempe de la jeune femme et tira. Ensuite, il dénuda Françoise Jakubowska des genoux à la poitrine. Il lui arracha ses bas et fit glisser son slip sur ses chevilles. Son forfait accompli, le meurtrier disparu sans laisser de trace. En début d’après-midi, une pensionnaire de l’hôtel de la gare, tout proche, se rendit dans le jardin qui donnait directement sur la petite route pour y étendre du linge. Près des fils à linge, elle aperçut un sac à main, jeté à même le sol. La pensionnaire fit quelques pas et réalisa que l’herbe mouillée était couverte de sang. Un peu plus loin, elle découvrit le cadavre de la jeune femme. Malgré le peu d’indices, il semblait bien qu’il s’agissait d’une nouvelle victime du "tueur de l’ombre". La presse parisienne, les chaînes de télévision, les radios dépêchèrent leurs reporters pour couvrir cette énigme mystérieuse qui passionnait la France.
Maria D., une jeune femme de ménage de 35 ans d’origine portugaise, déclara par la suite aux enquêteurs avoir été suivie, à plusieurs reprises depuis le début de l’année, par un homme grand et brun, dont le visage était dissimulé par un foulard. A chaque fois, cela s’était passé entre 4 et 5 heures du matin, lorsqu’elle se rendait à son travail, jusqu’au jour où elle s’était fait accompagner. L’homme avait alors disparu sur son vélomoteur. Dans son témoignage, elle évoqua, comme les deux autres témoins, le regard perçant de l’homme.
Durant les mois qui suivirent, les bruits les plus divers coururent dans la région. La rumeur prétendit que les deux dernières victimes avaient été égorgées et éventrées, que le "passager de la pluie" (autre surnom du tueur) avait écrit au maire de Nogent-sur-Oise (comme Jack l’Eventreur !) pour lui dire qu’il frapperait encore trois fois. On disait aussi que la pleine lune agissait sur ce "monstre" en proie à une folie sadique. Chacun était persuadé à Nogent que le "monstre" n’avait pas fini de hanter son "terrain de chasse" de quatre kilomètres sur deux, qu’il semblait connaître comme sa poche. _________________
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